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Margaret remarqua mon admiration, et dit:

– C'est encore un des mystères de mon père. Quand je lui posais des questions à ce sujet, il disait que c'était peut-être, parmi les objets qu'il possédait, celui qui avait le plus de valeur – à l'exception d'un, toutefois. Quand je lui demandais quel était ce dernier objet, il refusait de me le dire et m'interdisait de lui poser aucune question à ce sujet: «Je te dirai tout, là aussi, le moment venu, si je vis!» «Si je vis!» toujours la même phrase. Ces trois objets réunis, le sarcophage, le coffre, et la main, semblaient constituer un triple mystère.

Par la suite, je demandai à Miss Trelawny comment il se faisait que l'ameublement du boudoir, la pièce dans laquelle nous nous trouvions, était si différent de celui des autres pièces.

– C'est dû à la prévoyance de mon père, répondit-elle. Quand je suis venue ici, il se dit, assez pertinemment, que je pourrais être effrayée par tant d'allusions à la mort et aux tombeaux comme on en voyait partout. Il a donc fait meubler de jolies choses cette pièce et le petit appartement à la suite – cette porte donne sur le salon – où j'ai couché la nuit dernière. Vous voyez, tous ces meubles sont très beaux. Le cabinet a appartenu au grand Napoléon.

– Il n'y a donc rien d'égyptien dans ces pièces, lui demandai-je plutôt pour manifester de l'intérêt à l'égard de ce qu'elle disait que pour toute autre raison, car la façon dont l'appartement était meublé parlait d'elle-même? Quel ravissant cabinet! Puis-je le regarder?

– Naturellement! Avec le plus grand plaisir, répondit-elle en souriant. D'après ce que dit mon père, sa finition, extérieure et intérieure, est absolument parfaite.

Je m'avançai pour le regarder de près; il était en bois de rose, orné de marqueteries, monté sur or moulu. Je tirai l'un des tiroirs, l'un des plus profonds pour que je puisse en voir le travail dans les meilleures conditions. J'entendis quelque chose qui roulait à l'intérieur; c'était comme le tintement du métal contre le métal.

– Dites donc! dis-je. Il y a quelque chose là-dedans. J'aurais peut-être mieux fait de ne pas l'ouvrir.

– Il n'y a rien, que je sache, répondit-elle. Une femme de chambre y a peut-être mis quelque chose provisoirement et a cessé d'y penser. Ouvrez, de toute façon!

J'ouvris grand le tiroir. En même temps, Miss Trelawny et moi-même, nous sursautâmes de stupéfaction.

Là, sous nos yeux, il y avait un certain nombre de lampes égyptiennes, de différentes tailles, de formes étranges et variées.

Nous nous penchâmes pour les examiner de près. Mon cœur battait comme un marteau à bascule; d'après la façon dont sa poitrine se soulevait, je pouvais voir que Margaret était étrangement excitée.

Pendant que nous regardions, ayant peur de toucher et presque de penser, on sonna à la grande porte. Immédiatement après Mr. Corbeck, suivi du sergent Daw, entrait dans le vestibule. La porte du boudoir était ouverte, et, quand ils nous virent, Mr. Corbeck, suivi à une certaine distance par le détective, entra dans la pièce.

Il s'arrêta, frappé par l'étrange pâleur de Margaret. Alors, ses yeux, suivant le regard de celle-ci et le mien, se posa sur les lampes qui se trouvaient dans le tiroir. Il poussa un cri de surprise et de joie, se pencha, et toucha les lampes.

– Mes lampes! Mes lampes! Elles sont sauvées… sauvées… sauvées! Mais comment, que Dieu m'en soit témoin – que tous les dieux m'en soient témoins – sont-elles venues jusqu'ici?

Nous restions tous silencieux. Le détective reprit bruyamment sa respiration. Je tournai les yeux vers lui, il surprit mon regard et lança un coup d'œil à Miss Trelawny qui lui tournait le dos.

Il avait la même expression de soupçon que lorsqu'il m'avait fait remarquer qu'elle avait été la première à se trouver près de son père à l'occasion de chacune des attaques.

Chapitre IX LE BESOIN DE SAVOIR

Mr. Corbeck semblait avoir perdu la tête en retrouvant ses lampes. Il les prit une par une, les regarda amoureusement. Dans sa joie et son énervement, il respirait si bruyamment qu'on aurait cru un chat qui ronronnait. Le sergent Daw dit tranquillement une chose qui fit l'effet d'une fausse note dans une mélodie:

– Êtes-vous tout à fait sûr que ces lampes sont celles que vous possédiez, et qui vous ont été dérobées? Y a-t-il des points qui vous permettent de les identifier comme étant les vôtres?

Cette fois, Mr. Corbeck se mit réellement en colère. Il perdit toute réserve, et son indignation s'exprima en un torrent de phrases hachées, incohérentes, mais instructives:

– Identifier! Des copies! British Museum! Allons donc! Ils en ont peut-être un jeu à Scotland Yard pour apprendre l'égyptologie aux policiers idiots! Vous les connaissez? Quand je les ai portées sur moi, dans le désert, pendant trois mois; quand je me réveillais toutes les nuits pour les surveiller! Quand je les regardais toutes les heures à la loupe, jusqu'à en avoir mal aux yeux; jusqu'à ce que la moindre tache, la plus petite égratignure, la bosse la plus dérisoire me deviennent aussi familières qu'une carte marine pour le capitaine d'un vaisseau; aussi familières qu'elles ont toujours été sans aucun doute pour tous les rôdeurs abrutis existant à la surface du globe. Voyez, jeune homme, regardez cela!

Il disposa les lampes les unes à côté des autres sur le haut du cabinet.

– Avez-vous déjà vu une série de lampes de cette forme – une seule affectant l'une de ces formes? Regardez les images dominantes qui s'y trouvent! Avez-vous jamais vu une série si complète – même à Scotland Yard, même à Bow Street? Regardez! sur chacune, l'une des sept formes de Hathor. Regardez cette figuration de Kaa, tenant, dans chaque main, les couronnes des Deux Égyptes, entre Ra et Osiris dans le Bateau de la Mort, avec l'OEil du Sommeil, monté sur des jambes, se penchant devant lui; et Harmachis se levant au nord. Trouverez-vous cela au British Museum, ou à Bow Street? Ou peut-être vos études au Musée Gizeh, ou au Fitzwilliam, ou à Paris, ou à Leyde, ou à Berlin, vous ont-elles permis de voir que l'épisode est commun dans les hiéroglyphes; et que ceci est seulement une copie. Peut-être pouvez-vous me dire ce que signifie la figure de Ptah-Seker-Ausar tenant le Tet enveloppé dans le rouleau de papyrus? Aviez-vous déjà vu cela; même au British Museum, ou à Gizeh, ou à Scotland Yard?

Il s'interrompit subitement, puis reprit sur un ton différent:

– Regardez! il me semble que l'idiot abruti c'est moi-même! Je vous demande pardon, mon vieux, de ma brutalité. Je ne pouvais plus me contenir quand je vous ai entendu dire que je ne connaissais pas ces lampes. À présent, dites-moi comment vous les avez récupérées?

J'étais si surpris que je dis sans réfléchir:

– Nous ne les avons pas récupérées!

Le voyageur rit ouvertement.

– Que diable voulez-vous dire? demanda-t-il. Vous ne les avez pas récupérées? Voyons, elles sont là sous vos yeux! Quand nous sommes entrés, nous vous avons trouvés en train de les examiner.

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