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» Je ne sais pas comment j'ai pu me maîtriser quand je me suis rendu compte que, finalement, j'étais, au moins tout près de la réussite. Cependant, j'étais passé maître dans les finesses du commerce oriental; et le négociant Juif-Arabe-Portugais trouva à qui parler. Avant d'acheter, j'ai voulu voir tout son stock. Au milieu d'un amas de saletés, il me présenta, une par une, sept lampes différentes. Chacune avait une marque distinctive; et chacune était sous une forme ou une autre le symbole de Hathor. Je crois avoir ébranlé l'impassibilité de mon ami basané par l'ampleur de mes acquisitions car, dans le but de l'empêcher de deviner quel genre de marchandises, je recherchais, je vidai presque complètement son magasin.

» Je me séparai de la plus grande partie de ces marchandises au prix normal, tandis que je rentrais en hâte. Je n'osais pas les abandonner ou même les perdre, de crainte d'éveiller des soupçons. Mon fardeau était bien trop précieux pour être risqué par quelque maladresse. Je traversai les différents pays aussi vite que je le pus; et je parvins à Londres avec seulement les lampes, ainsi qu'un certain nombre de curiosités faciles à transporter et de papyrus que j'avais ramassés au cours de mes voyages.

» À présent, Mr. Ross, vous en savez autant que moi; et je laisse à votre discrétion le soin de décider si vous devez en parler à Miss Trelawny, et jusqu'à quel point.

Au moment où il terminait sa phrase, on entendit derrière nous une voix claire et jeune dire:

– Que voulez-vous à Miss Trelawny? Elle est ici!

Nous nous retournâmes, surpris, et nous nous sommes regardés d'un air interrogateur. Miss Trelawny était sur le pas de la porte. Nous ne savions pas depuis combien de temps elle se trouvait là, et ce qu'elle avait pu entendre.

Chapitre XIII LE RÉVEIL

– De quoi avez-vous parlé tout ce temps, Mr. Ross? Je suppose que Mr. Corbeck vous a raconté toutes ses aventures pendant qu'il était parti à la recherche des lampes. J'espère que vous me le raconterez aussi à moi, un jour, Mr. Corbeck; mais pas avant que mon pauvre père se sente mieux. Il aimerait, j'en suis sûre, me raconter tout cela lui-même; ou être présent quand j'entendrai ce récit.

Elle nous lança un regard pénétrant à l'un, puis à l'autre.

– Oh! c'est ce que vous étiez en train de dire quand je suis entrée? Très bien! J'attendrai; mais j'espère que ce ne sera pas long. L'état dans lequel se trouve mon père, en se prolongeant, me déprime complètement. Il y a un petit moment, j'ai senti que mes nerfs étaient en train de craquer, si bien que j'ai décidé d'aller faire un tour dans le parc. Je suis sûre que cela me fera du bien. Je voudrais, si cela ne vous fait rien, vous savoir auprès de mon père pendant mon absence. Je me sentirai plus tranquille.

Je me levai avec empressement, en me réjouissant que la pauvre fille sorte, ne serait-ce qu'une demi-heure. Elle paraissait terriblement lasse et hagarde; et la vue de ses joues pâles me fendait l'âme. J'entrai dans la chambre du malade, et je m'installai à ma place habituelle.

Je restai là un long moment à réfléchir à ce que Mr. Corbeck m'avait dit et à introduire les choses étonnantes que j'avais entendues dans le tissu d'étrangetés que j'avais vu se dérouler depuis que j'étais entré dans cette maison. À certains moments, j'étais enclin à douter; à douter de tout et de tout le monde; à douter même du témoignage de mes propres sens. Les avertissements de ce détective expérimenté ne cessaient de me revenir à l'esprit. Il avait rabaissé Mr. Corbeck au rang d'un menteur intelligent, ayant partie liée avec Miss Trelawny! Avec Margaret! C'était net! En face d'une telle affirmation, le doute se dissipait. Chaque fois que son image, son nom, sa simple pensée, se présentaient à mon esprit, chaque événement se dressait, fort comme un fait vivant. Ma vie contre sa confiance!

Je fus sorti de ma rêverie qui tournait rapidement au rêve d'amour, d'une manière saisissante. Une voix venait du lit; une voix grave, vigoureuse, autoritaire. La première note retentit à mes oreilles comme un coup de clairon. Le malade était réveillé et il parlait:

– Qui êtes-vous? Que faites-vous ici?

Quelles qu'aient été les idées que nous nous étions faites les uns et les autres sur la façon dont il se réveillerait, je suis tout à fait sûr que personne ne s'attendait à le voir se réveiller tout d'un coup, parfaitement maître de soi. J'étais tellement surpris que je répondis presque machinalement:

– Je m'appelle Ross. Je vous veillais!

Il parut surpris pendant un instant, et ensuite je pus voir que son habitude de juger par lui-même entrait en jeu.

– Me veiller! Que voulez-vous dire? Pourquoi me veiller?

Son œil s'était posé sur son poignet enveloppé d'un épais pansement. Il continua sur un ton différent; moins agressif, plus cordial, le ton de quelqu'un qui admet les faits:

Êtes-vous médecin?

Quand je répondis, je me sentis esquisser comme un sourire; le soulagement survenant après une longue période d'anxiété commençait à faire son effet.

– Non, monsieur!

– Alors, que faites-vous ici? Si vous n'êtes pas médecin, qu'est-ce que vous êtes?

– Je suis avocat. Cependant, ce n'est pas à ce titre que je me trouve ici; mais simplement en qualité d'ami de votre fille. C'est probablement parce qu'elle savait que j'étais avocat qu'elle a pris à l'origine la décision de m'appeler, car elle croyait que vous aviez été victime d'une tentative d'assassinat. Ensuite elle a eu la bonté de me considérer comme un ami et de m'autoriser à rester, conformément au vœu que vous aviez exprimé et d'après lequel quelqu'un devait veiller sur vous.

Mr. Trelawny pensait vite et parlait peu, c'était évident. Pendant que je discourais, il m'examinait de son regard pénétrant, il semblait lire dans ma pensée. À mon grand soulagement, il n'en dit pas davantage, semblant accepter de confiance ce que je lui disais. Il dit soudain:

– Elle a cru qu'on avait voulu m'assassiner! Était-ce hier au soir?

– Non. Il y a quatre jours.

Il parut surpris. Tout en parlant, il s'était, pour la première fois assis dans son lit; il fit à présent un mouvement qui aurait pu faire croire qu'il avait l'intention d'en sortir. Cependant, en faisant un effort, il s'en abstint; il se laissa retomber sur ses oreillers en disant tranquillement:

– Racontez-moi tout cela! Tout ce que vous savez! Jusqu'au moindre détail! N'oubliez rien! Mais, attendez fermez d'abord la porte au verrou. Avant de voir qui que ce soit, je veux savoir exactement, où en sont les choses.

En conséquence, je lui racontai tous les détails, jusqu'au plus insignifiant resté gravé dans ma mémoire, sur tout ce qui s'était passé depuis mon arrivée dans la maison. Je ne dis naturellement rien de mes sentiments pour Margaret et ne lui parlai que des choses qu'il connaissait déjà. En ce qui concernait Corbeck, je dis simplement qu'il avait rapporté des lampes qu'il avait été rechercher. Je me mis alors à lui raconter en détail comment elles s'étaient trouvées perdues, et comment on les avait retrouvées dans la maison.

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