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– Oh! je vous en prie, rassurez-vous. L'autre chat ne souffrira pas dans le sens où nous l'entendons; sauf peut-être dans sa structure et sa parure.

– Que diable voulez-vous dire?

– Simplement ceci, ma chère jeune dame: l'adversaire sera un chat momifié comme celui-ci. Il y en a, d'après ce qu'on m'a dit, tant qu'on veut à Museum Street. Je vais aller en chercher un et le mettre à la place de celui-ci. N'allez pas imaginer, je l'espère, que ce changement temporaire va violer les instructions de votre père. Nous déterminerons, pour commencer, si Silvio est contre tous les chats momifiés, ou seulement contre celui-ci en particulier.

– Je ne sais pas, dit-elle en hésitant. Les instructions de mon père semblent très inflexibles. Puis, après un temps de réflexion, elle poursuivit: Mais dans les circonstances actuelles tout ce qui doit être finalement pour son bien doit être fait. Je pense qu'il ne peut rien avoir de très particulier dans le cas d'une momie de chat.

J'eus à ce moment une pensée qui ressemblait à une inspiration. Si j'étais ainsi influencé par l'odeur, n'était-il pas possible que le malade, qui passait dans cette atmosphère la moitié de son existence ou même davantage, ait progressivement, par un processus lent mais sûr, absorbé dans son organisme quelque principe qui se serait trouvé en telle quantité que de cette concentration aurait résulté une action renforcée…

Je commençais à me perdre dans une rêverie. Ça n'allait pas. Je devais rester vigilant, exempt de pensées obsédantes. Je n'avais dormi que la moitié de la nuit dernière; et cette nuit-ci, j'allais devoir rester éveillé. Sans dire mon intention, car je craignais d'aggraver le trouble et le malaise de Miss Trelawny, je descendis l'escalier et sortis de la maison. Je ne tardai pas à trouver une pharmacie et j'en sortis après avoir fait l'acquisition d'un masque respiratoire. Quand je revins, il était dix heures. Le docteur rentrait coucher chez lui. L'infirmière l'accompagna jusqu'à la porte de la chambre du malade, pour prendre ses dernières instructions. Miss Trelawny était toujours assise à côté du lit. Le sergent Daw, qui était entré au moment où le docteur sortait, se tenait un peu à l'écart.

Quand Nurse Kennedy nous eut rejoints nous nous arrangeâmes pour qu'elle puisse veiller jusqu'à deux heures et, à ce moment-là, Miss Trelawny prendrait la relève. Ainsi, conformément aux instructions de Mr. Trelawny, il y aurait toujours un homme et une femme dans la chambre; et chacun de nous les doublerait, si bien qu'une nouvelle équipe de veilleurs ne prendrait jamais son service sans qu'il y ait quelqu'un pour leur dire, le cas échéant, ce qui s'était passé. Je m'étendis sur un sofa dans ma propre chambre, après avoir chargé l'un des domestiques de me réveiller un peu avant minuit. Quelques instants après, je dormais.

Quand on m'éveilla, il me fallut plusieurs secondes pour reprendre mes esprits, retrouver mon identité et reconnaître mon entourage. Cependant, ces quelques instants de sommeil m'avaient fait du bien, et j'étais en mesure de considérer les choses qui m'entouraient sous un jour plus pratique que je ne pouvais le faire plus tôt dans la soirée. Je me bassinai le visage, ce qui me rafraîchit, et j'entrai dans la chambre du malade. Je marchais très doucement. L'infirmière était assise près du lit, calme et alerte. Le détective était assis dans un fauteuil, plongé dans l'ombre, à l'autre extrémité de la chambre. Je m'approchai de lui et il ne bougea pas tant que je ne fus pas tout près. Il me dit alors à voix basse:

– Tout va bien. Je n'ai pas dormi!

Ce qui, me semblait-il n'était pas nécessaire à dire. Il en est toujours ainsi, à moins que ce ne soit foncièrement faux. Quand je lui dis que sa garde était terminée, qu'il pouvait aller se coucher et rester au lit jusqu'à ce que je le réveille à six heures, il parut soulagé et partit avec empressement. Une fois à la porte, il se retourna, revint vers moi et me dit à voix basse:

– J'ai le sommeil léger et j'aurai mes pistolets avec moi. J'aurai la tête moins lourde quand je serai sorti de cette odeur de momie.

Il avait éprouvé la même impression de somnolence que moi!

Pendant un temps qui me parut fort long, je restai assis à enchaîner pensées sur pensées. Elles formaient un mélange désordonné, comme on pouvait s'y attendre en raison des événements de la journée et de la nuit précédentes. Je me surpris de nouveau à songer à cette odeur égyptienne – et je me rappelle avoir éprouvé une délicieuse satisfaction à ne pas l'avoir sentie comme auparavant. Le masque respiratoire remplissait son office.

Je repris instantanément l'usage complet de mes sens. Un cri aigu résonnait encore dans mes oreilles. La chambre était soudain illuminée. Il y eut des coups de pistolet un, deux. Et une fumée blanche dans la chambre.

Quand, m'étant bien réveillé, je repris le plein usage de mes yeux, j'aurais pu hurler moi-même en face du spectacle que j'avais devant moi.

Chapitre IV LA SECONDE TENTATIVE

Près du lit vide, la Nurse Kennedy, dans la position où mes yeux l'avaient vue pour la dernière fois, était assise toute droite dans son fauteuil. Elle avait placé un oreiller derrière elle, pour que son dos soit bien droit; mais son cou était rigide comme si elle avait été plongée dans un état cataleptique. Elle était, à tous points de vue, transformée en pierre. Il n'y avait sur son visage aucune expression particulière – ni peur, ni horreur, rien de ce à quoi on aurait pu s'attendre en pareille circonstance. Ses yeux ouverts n'exprimaient ni étonnement ni intérêt. Elle était simplement dans un état d'existence négatif, elle respirait, elle avait chaud, elle était paisible; mais absolument inconsciente de ce qui l'entourait. Les draps du lit étaient en désordre, comme si le malade en avait été sorti sans qu'ils aient été remis en place. Le coin du drap du dessus pendait sur le sol; tout à côté se trouvait l'un des bandages avec lesquels le docteur avait pansé le poignet blessé. Un autre, puis encore un autre, se trouvaient sur le sol, jalonnant la direction dans laquelle on devait désormais chercher le malade. Il se trouvait presque exactement au même endroit que la nuit précédente, sous le grand coffre-fort. De nouveau, le bras gauche était tendu vers ce coffre. Mais il y avait une nouvelle blessure comme si on avait tenté de couper le bras tout près du bracelet auquel était suspendue la clef minuscule. Un lourd couteau Kukri – l'un de ces couteaux en forme de feuille que les Gurkha et d'autres tribus des collines de l'Inde emploient à cet effet – avait été pris à la place qu'il occupait sur le mur; et il avait servi à effectuer cette tentative. Il était évident que le coup avait été arrêté au moment où il allait être porté; car seule la pointe, et non le tranchant de la lame, avait touché la chair. Mais même ainsi, la partie externe du bras avait été entamée jusqu'à l'os, et le sang coulait. De plus la première blessure faite sur la partie antérieure du bras avait été rouverte ou arrachée d'une manière terrible; l'une des entailles semblait laisser jaillir le sang à chaque battement du cœur. Miss Trelawny était agenouillée à côté de son père, sa chemise de nuit blanche était tachée du sang dans lequel elle était à genoux. Au milieu de la chambre le Sergent Daw, vêtu d'une chemise, d'un pantalon, et en chaussettes, rechargeait son revolver d'une manière somnolente et machinale.

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