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– C’est pour cette femme qu’il s’est déguisé de la sorte?

– Je te le dis. Et si tu savais quelle femme! Ta sœur!

À la suite de cette déclaration, il y eut un profond silence entre les trois personnes.

– Alors, c’est Diane… finit par dire Mme Martinet.

– Probable, puisque c’est ta sœur. Je ne te connais que celle-là.

– Tu l’avais emmené chez Diane?

– Oui, Marguerite. Tu as deviné.

– Tu l’avais fait passer pour un de tes ouvriers?

– Tu es pleine de perspicacité.

– Et tu savais ce que tu faisais? Tu savais qu’il aimait Diane? qu’il en était fou? interrogea plus activement Marguerite, dont la colère grondait.

– Non, tu patauges. Je ne savais rien de tout cela. Je l’ai appris depuis. Pold m’a dit: «Je voudrais voir le prince Agra», et je l’ai cru; mais il mentait. Je l’ai introduit, on l’a reconnu, ça a fait une histoire! Ah! ma chère Marguerite, une histoire!

«Diane était dans une rage! Elle voulait battre le petit.»

– Elle ne l’aime donc pas? interrogea anxieusement Mme Martinet.

– Paraît. Pour le moment, du moins. Car il y a des jours, ou plutôt des nuits… C’est Pold qui m’a conté ça. Mais, hier, elle n’était pas en train. Elle avait son prince. Elle lui a fait comprendre qu’il était de trop.

– Tout cela n’est pas sérieux, fit Mme Martinet, gravement. M. Pold ne devrait plus songer à cette femme. Il ne devrait plus la revoir… Vous l’aimez donc bien, monsieur Pold?

– Ah! je ne sais plus maintenant si c’est de l’amour ou de la haine…

– Ce n’est pas tout ça, dit le tapissier. Avez-vous vu votre garçonnière? Vous qui la désiriez tant, l’avez-vous regardée?

– Je la désirais pour elle, dit Pold.

– Allons donc! Elle servira tout de même. N’est-ce pas, madame Martinet?

– Monsieur Martinet, répondit Marguerite, je vous trouve profondément inconvenant. Votre langage n’est point celui d’un honnête homme. Vous devez engager M. Pold à se conduire autrement qu’il ne le fait. Et, quant à moi, je ne regretterai jamais trop que nous ayons cédé à son caprice relativement à ce rez-de-chaussée s’il doit en faire le mauvais usage que vous lui conseillez. Ce n’est pas à son âge qu’il est permis d’avoir des idées aussi légères.

– Et quand les aura-t-il s’il ne les a à son âge? s’exclama Martinet.

– Il est évident qu’il aurait tort d’attendre d’avoir le vôtre, fit amèrement Marguerite.

– Pold n’est pas une jeune fille. Tu n’as pas l’air de te douter qu’il est un homme depuis longtemps. Tiens! tu es trop bête, ma femme! Si tu n’étais pas une sotte, tu prendrais Pold par le bras et tu lui ferais visiter l’appartement pendant que je vais préparer un petit souper qui nous remettra de nos émotions.

Pold regardait Marguerite depuis un instant. Il se leva, lui prit le bras et dit:

– Allons!

Ils sortirent de la salle, laissèrent Martinet tout seul.

Dès le couloir, Pold embrassait Mme Martinet dans le cou. Il se consolait. Il voulait se consoler.

Mme Martinet le supplia, à voix basse, de «rester tranquille».

– Vous n’allez pas recommencer vos bêtises de l’autre jour?

– Si vous ne voulez pas me consoler, je le dirai à Martinet.

– Ne riez pas. Soyez sage.

Il lui avait pris la taille.

– Le premier devoir de la femme est l’obéissance à son mari, dit-il.

– Oh! fit Mme Martinet. Moi qui croyais que vous étiez son ami!… Je vous en prie. Si vous ne cessez, je m’en vais. Je me sauve…

Il la laissa.

Elle était extraordinairement émue.

Ils visitèrent. Le cabinet de travail d’abord, un amour de bureau. Tout était d’une fraîcheur exquise, d’une clarté merveilleuse. Des meubles anglais laqués de blanc avec des filets vert Véronèse qui se répétaient partout: aux portes, aux corniches, aux lambris. Tentures d’étoffes Liberty.

Dans la chambre, Pold prit les mains de Marguerite et risqua une déclaration.

– Taisez-vous, fit-elle. Vous allez mentir. Je sais que vous ne m’aimez pas.

– Vous n’en savez rien, et je n’en sais rien moi-même. Mais quelque chose me dit que nous nous aimerons, que nous sommes faits pour nous comprendre…

Il voulut l’embrasser encore. Mais elle l’entraîna dans la salle à manger.

– Je suis joyeux! J’ai tout oublié! cria-t-il à Martinet.

– Tant mieux! fit-il. Marguerite vous a fait entendre raison?

– Oui. Je ne songe plus maintenant qu’à me réjouir de ce que je vois ici. Mes compliments, Martinet.

– Eh bien, puisqu’il en est ainsi, mangeons!

Et il désigna, de la main, la table où les couverts étaient mis. Quelques terrines, deux pâtés, deux bouteilles de champagne. Ce menu parut appétissant à Pold.

– Mangeons! Madame, voulez-vous me faire l’honneur de prendre place à mes côtés? dit-il d’une voix solennelle.

– Va donc! insista Martinet. Ah! moi, je ne suis pas jaloux! Je connais Marguerite… une vertu!

Il vida sa coupe.

– N’est-ce pas, Marguerite?

– Tais-toi, fit-elle, et bois moins…

– C’est que je suis pressé!

– Pourquoi?

– Il faut que je retourne tout de suite avenue Raphaël.

– Tu vas rester ici.

– Impossible. J’ai laissé tout en plan là-bas. On doit se demander ce que je suis devenu. Diane va être furieuse. Elle aura appris que je ne suis pas étranger au travestissement de Pold. Je vais en avoir une scène!

– C’est une raison pour ne pas nous quitter.

– La scène, ça m’est égal. J’ai mon matériel à surveiller et les ouvriers ne doivent plus savoir où donner de la tête…

– Attends à demain.

– Impossible!

– Tu es ridicule, dit Marguerite, qui n’envisageait pas sans effroi le moment où elle resterait seule avec Pold.

Elle commençait à avoir des remords.

– Tu vas me laisser seule avec M. Pold?

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