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Je descendis les marches à toute vitesse, repris le chemin de la veille, franchissant de véritables montagnes de tuiles brisées et des caves profondes, escaladai une ruine d’escalier et arrivai soudain… dans le vestibule de l’école noire que j’avais vue en rêve. Aussitôt, un flot de souvenirs déferla en moi: bancs éclaboussés d’encre du haut en bas, cahiers de calcul, chansons braillées, un gamin qui lâche un hanneton dans la classe, livres de lecture avec des tartines écrasées entre leurs pages, odeur de peaux d’orange. Désormais j’en étais certain! J’avais été petit garçon là. Mais sans me laisser le temps d’y réfléchir davantage, je poursuivis mon chemin en hâte.

La première personne rencontrée dans la rue Salniter fut un vieux Juif contrefait aux paillés blancs. À peine m’eut-il aperçu qu’il se couvrit le visage des mains et se mit à glapir des prières en hébreu.

Le bruit dut attirer nombre de gens hors de leurs trous, car un tintamarre indescriptible éclata derrière moi. Me retournant, je vis une armée de visages livides comme des cadavres, tordus par la peur, qui se ruait à mes trousses. Stupéfait, je baissai les yeux sur moi et compris: je portais toujours l’étrange vêtement moyenâgeux de la nuit par-dessus mon complet et les gens croyaient avoir le Golem devant eux. Vite, je m’engouffrai en courant sous une porte cochère et arrachai les loques poussiéreuses. Au même instant, la meute me dépassa en vociférant, bâtons brandis et gueules écumantes.

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